Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La transformation sociale, dimension incontournable de l'écologie.

par alain.pagano 22 Mai 2013, 07:34

Allocution au forum du front de gauche sur l'écologie.

Besançon, 6 avril 2013.

 

Comme remarque préalable, je voudrais préciser que la vision que beaucoup de gens ont de l'écologie souffre d'un biais conceptuel, d'un biais culturel. En effet, à l'école, et notamment en cours de philosophie, on vous apprend qu'il existe d'un côté l'Homme et de l'autre côté la Nature. Cela amène donc une vision où l’on considère qu’il s’agit de deux choses différentes, distinctes, non juxtaposables. De cette vision dérive le concept de pollution, l'idée que l'homme abîme les écosystèmes, et au bout de ce cheminement, pour les plus « radicaux », l'idée que pour protéger les écosystèmes il faut sortir l'Homme de la Nature, voir mettre la nature sous cloche, c'est-à-dire définir des zones où il n'y aura pas d'activité humaine.


Cette définition de différenciation Homme–Nature s'oppose à la définition des biologistes, à la définition écologique, celle que je défends : l'Homme fait partie de la Nature et donc des écosystèmes. Et on voit que si l'on prend cette définition, cela entraîne une toute autre vision des relations Homme – Nature. Dans des conditions naturelles, des animaux (ou végétaux) modifient les écosystèmes. C’est naturel. On appelle ces espèces des organismes ingénieurs. L'homme aussi modifie son écosystème. Et cela n'est pas aussi anti-naturel que l'on peut le penser. Du coup, la problématique évolue … au lieu d'imaginer le respect des écosystèmes conditionnés par une régression des activités humaines, on peut envisager la question sous cet angle : sommes-nous capables de gérer de manière équilibrée, durable, les ressources naturelles ?

 

Le capitalisme se caractérise par une surexploitation des biens communs et parmi ceux-ci, des ressources naturelles. L'écologie vue par certains est une forme de retour de balancier, une vision austéritaire, un retour à la bougie ou il faudrait passer du développement humain à la décroissance. Il ne faut pas avoir une vision simpliste et dogmatique de l'écologie. Une conciliation est possible entre les activités humaines et le respect de la nature. D'ailleurs comment la nature peut-être respectée quand l'homme ne l'est pas ? À titre d'exemple, en Grèce, les populations sont maltraitées par l'austérité, ne payent plus leurs factures d'électricité considérablement augmentées, et se chauffent au bois, entraînant une déforestation préoccupante. Dans le tiers-monde la survie individuelle passe largement avant les préoccupations environnementales.

 

Vous m'avez sollicité sur le thème de « l’écologie dimension incontournable de la transformation sociale » j'inverserai bien la phrase en disant la transformation sociale condition indispensable de la prise en compte des problématiques environnementales par le plus grand nombre. Je prends un exemple très « terre à terre ». Le développement de l’agriculture bio, c’est nécessaire, pour des raisons de santé humaine, pour des raisons de respect de l’environnement. Mais ce discours n’est reçu que si l’on a les moyens de se payer les aliments bio. L’augmentation du SMIC et du pouvoir d’achat participent de cet objectif écologique de développement du bio.

 

Cela nous amène à une série de thèmes.

  1. Décroissance :

Lisez l’humanité de ce week-end où il y a un débat entre trois économistes (un universitaire, un syndicaliste CGT, un représentant ATTAC). La décroissance ne fait pas l’unanimité. Personnellement, je dirais que c’est une vision austéritaire de l’écologie. Je préfère militer pour une croissance propre, durable. À titre d’exemple, comme universitaire, je suis formateur de jeunes qui vont aller chercher des emplois verts dans le génie écologique, à la fois pour dépolluer mais aussi pour produire propre. On a bien besoin de croissance dans ces domaines la.

 

2. Ecologie et développement industriel : incompatibilité ?

La lutte contre les délocalisations, pour la relocalisation est en premier lieu une bataille pour l’emploi, mais, si l’on y réfléchit bien, c’est également une bataille écologique. Les transports de marchandises ont un coût environnemental très fort puisqu’ils sont générateurs de CO2 et donc générateurs de réchauffement climatique. Militer pour les circuits courts, pour la production locale, c’est mener une bataille économique, sociale, mais aussi écologique.

 

3. Ecologie et aménagement du territoire.

LGV, aéroports, grands projets… Inutiles ? Quand il y a des projets d’aménagement du territoire, peuvent se révéler des oppositions, oppositions fondées sur l’intérêt individuel ou collectif. Difficile de prendre un positionnement global. Il convient d’avoir une démarche : 1) vérifier l’utilité sociale, l’intérêt collectif d’un projet, mais une fois cela fait… 2) se battre pour le bien-être humain. Par exemple, exiger des protections contre les nuisances environnementales. Et indissociablement, 3) travailler à la minimisation des impacts environnementaux au sens large. La loi le prévoit à travers des mesures compensatoires, et la science le permet avec l’écologie de la restauration. On doit travailler à leur application. Les compétences existent dans ce pays à travers notamment les bureaux d’études en environnement.

 

Je n’ai pas tout évoqué pour rester dans les 10 minutes imparties, mis je reviendrai sur tel ou tel aspect dans le débat si vous le souhaitez.

commentaires

Haut de page