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Barrage de Sivens et projets "inutiles" : quelques propositions pour réconcilier Homme et Nature

par Alain Pagano 29 Octobre 2014, 14:50

Une fois n'est pas coutume, je signe mon article comme élu et responsable de Parti bien sur mais assis sur une expertise professionnelle issue de ma carrière d'universitaire, maitre de conférences en écologie à l’université d’Angers.

Voici mon texte

Le drame de Sivens a mis au cœur de l’actualité écologique le projet de barrage, qualifié par ces opposants de projet inutile. Mais certains opposants généralisent contre les « grands projets inutiles », ce qui mérite débat. L’idée sous jacente, simple, et simpliste, est que n’importe quel projet humain est une offense à la Nature, une régression pour les écosystèmes. Mais c’est faire fi de 2 arguments forts :

1) l’Humain est une composante de l’écosystème qui n’est pas moins respectable que les autres éléments (faune, flore, zones humides …) de cet écosystème. Il convient donc d’être bienveillant aussi à ce qui peut améliorer le sort de l’Humanité. Car il ne peut y avoir de respect des écosystèmes quand l'Homme est maltraité. A contrario, le développement humain (social, culturel…), c'est la condition d'une prise en compte par le plus grand nombre des problématiques environnementales ;

2) Chaque projet se situe dans des écosystèmes locaux pour lesquels des réponses locales peuvent ou non être apportées en terme de gestion écologique. La généralisation anti-projet est donc un abus, une réponse qui nie toute possibilité de gestion environnementale.

Ne mélangeons pas les choses, l’utilité d’un projet se mesure aux bénéfices pour l’Homme. Son impact environnemental s’évalue par ailleurs, et les professionnels de l’écologie (bureaux d’études, experts du ministère, universitaires …) sont là pour proposer des mesures compensatoires (gestion environnementale que j’évoquais plus haut) qui sont à même de réduire significativement l’impact environnemental négatif. C’est à l’aune des besoins humains, du cout et de l’impact environnemental que l’on juge de la pertinence d’un projet (mais pas de son utilité !), des possibilités de l’améliorer, de le faire ailleurs ou de l’abandonner.

Clairement, rien n'empêche des projets d’être conçus dans une logique de développement durable… si ce n’est quand les maitres d’œuvre font des économies sur les expertises comme sur les mesures compensatoires qui sont le prix à payer du respect de l’environnement … mais qui créent aussi des emplois ! Donc rien de fondamentalement et irrémédiablement incompatible entre projet de développement humain et respect de l'environnement.

Dans le cas du barrage de Sivens, je ne parlerai pas de l’utilité du barrage lui-même sur lequel je ne suis pas « expert » et ne dispose pas d’informations sur les besoins agricoles notamment. En revanche, sur les aspects environnementaux, j’ai une certaine expérience professionnelle. L’expertise menée par le ministère de l’écologie laisse à penser, qu’à tout le moins ce projet peut être amélioré pour les aspects environnementaux. Si le projet est maintenu, il faudra se battre pour l'amélioration du projet du point de vue environnemental (mesures compensatoires). Cette gestion environnementale est possible et utile.

Plus globalement, il est concevable d’envisager des projets, des grands projets utiles pour lesquels il convient de mener les mobilisations nécessaires afin que le prix soit mis dans des mesures de gestion environnementales favorable aux écosystèmes.

Le drame de Sivens montre en écologie, comme dans d’autres domaines, que la démocratie mérite d’être développée en donnant aux associations, aux riverains, aux usagers, des droits à saisir une haute autorité environnementale susceptible d’engager des expertises indépendantes. Je plaide en outre pour un service public de l’expertise environnementale car l’expertise est essentiellement privée (bureaux d’études), ces entreprises faisant des expertises a minima pour réduire leurs couts, rendant des diagnostics parfois très médiocres.

La mise en place de telles mesures permettrait, je l’espère d’éviter que de tels drames se reproduisent. Elles permettraient également de ne pas tomber dans la généralisation outrancière anti-projet qui pousse à la régression.

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